EXTRAITS D’UN ARTICLE DE SUNYATA ZEN CONSEIL

On reste é(mer)veillé par le sourire du Bouddha. Nous aimons tous voir un visage souriant, être accueilli par un sourire chaleureux et bienveillant. Mais le sourire du Bouddha, il est particulier, infiniment subtil …

Pourquoi sourit-il ?

De son premier sermon, près de la ville de Bénarès, nous n’avons retenu que : « la vie est souffrance », sa première noble vérité …

Il n’est pas imaginable de penser que ce sourire provienne d’un si désespérant constat.

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Beaucoup croient gagner par la méditation un bonheur ineffable. Nous pouvons ainsi pratiquer moult techniques visant à nous conduire au but suprême. Mais le Bouddha lui-même en a expérimenté de nombreuses le menant jusqu’aux portes de la mort.   Aucunes de ces « pratiques » ne conduisait à la cessation de la souffrance. Il n’en a pas nié les bénéfices ou les pouvoirs mais aucune d’elles n’aboutissait à la Vérité de l’existence humaine.

Nous pouvons également penser que ce sourire représente une complète absorption totale dans un  néant de sensations,  une sorte de « non-existence », mais le Bouddha a été clair en disant que son éveil n’était ni de ce monde, ni d’un autre. Que ce n’était pas une fuite, ni un rejet, mais bien une extinction spontanée du feu des désirs immodérés …

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Alors ce sourire ?

Peut-être la simple expérience du NIC et NUNC de l’ici et maintenant. La fin de la quête pour quelque chose d’autre que ce qui est à chaque instant, à chaque souffle, le profond sentiment d’être. L’aboutissement absolu avec « rien » comme objet   …   Et peut être même, « rien » comme sujet … 😉

L’expérience de « poser (enfin) ses encombrantes valises », la fin du voyage.

Est-ce qu’il n’y a pas là matière à  provoquer un réconfortant sourire ?

Arriver au seuil de sa « maison », poser son bardât, lever la truffe et humer l’air, ouvrir la porte et respirer les parfums, les choses et les êtres. Être profondément heureux … Retour chez Soi, tel Ulysse – qui a certainement eut un tel sourire – après un long, si long périple.

Tout se dont nous avons besoin en fait c’est poser notre fardeau ; c’est « à contre courant » de penser que la satisfaction profonde est dans l’abandon plus que dans l’acquisition, non ?

Que voir d’autre dans ce sourire ?

L’ A m o u r  !

Beaucoup pensent qu’il faut devenir Aimant, sans trop savoir si ce « sentiment » est notre véritable nature.

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Mais l’Amour a toujours été (déjà) là, et tous nous l’avons ressenti à un moment ou l’autre de notre existence. Lorsque le sentiment du « moi » disparaît, cette illusion du « mien » et du « je », lorsqu’il y a « absorption » avec « ce qui est », alors rien de fait obstacle à l’expression du véritable amour.

Alors, naturellement, automatiquement, inconsciemment un sourire se dessine sur notre visage …

Et si quelques fois l’Amour consiste à ressentir la souffrance des autres, il se manifeste néanmoins par un sourire. Sourire non entâché de dualité, englobant – embrassant – tristesse infinie et joie incommensurable.

Pas un échapatoire au monde mais une ouverture confiante et résolue.

Tel qu’il est !

N’est ce pas merveilleux de savoir que le Sourire du Bouddha est déjà en nous ?

Lors de nos méditations régulières nous devons cultiver ce sourire. Ne pas se prendre trop au sérieux.  Il est certain que notre «travail » doit être sérieux et appliqué car il existe une part d’obscurité en nous.     Qu’il nous faut apprendre à re-connaître, mais la vision de la « vérité » est voir la lumière quand l’obscurité se dissipe.

Voir la lune à travers les nuages …

Ce qui réjouit le cœur c’est d’avoir le cœur léger, pas encombré.

Ne pas lutter.

Ainsi la « technique » s’efface, favorisant souplesse, douceur et bienveillance. Le « lâcher-prise » est aussi abandon de tout attachement, abandon de la méditation en tant que « technique », juste laisser « ce qui est » …

La connaissance profonde ne dépend d’aucune technique, même pas de zazen, c’est seulement se dépouiller de l’attachement au « moi », abandonner l’esprit avide (à vide).

Il est essentiel de ne pas combattre, ne pas chercher à « éteindre le feu avec le feu » disait Sensei Deshimaru. Nous devons cultiver la bonté envers nous-mêmes, envers nos pensées qui surgissent dans notre crâne. Si nous tentons de faire barrage, nous leur donnons plus de force. Si nous les observons simplement, elles s’en iront d’elles-mêmes.

Cela nous demandera du temps. Ne plus s’identifier à ce qui surgit dans son esprit est affaire de patience. Mais quelle merveilleuse qualité à développer !

Certaines de ces pensées sont très … insistantes. Ce sont celles que nous « aimons » le moins, et elles « reviennent » régulièrement. Ce sont celles qui ont quelque chose à nous apprendre. Laissons-les être nos enseignants.

Quand la leçon sera comprise, elles disparaîtront …

L’attitude d’esprit pourrait être de les considérer comme des invité … Vos invités sont les bienvenus, mais vous ne les conviez pas à s’asseoir à votre table, vous les laissez debout … Ainsi ils ne tardent pas à s’en aller.

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Lorsque nous pratiquons zazen, la pratique de l’ici et maintenant, nous sommes attentifs à tous ce qui surgit dans l’instant. Lorsque les pensées apparaissent, nous les laissons simplement demeurer debout; bien raides dans leur posture jusqu’à ce que fatiguées, elles disposent d’elles-mêmes.

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Puis il y a le corps qui peut nous causer quelques tracas et pas mal de douleurs. La douleur physique contribue à nous ramener sur terre, ici. C’est un bon endroit pour nous centrer et laisser aller sans in-quiétude.

Corps et esprit sont nos enseignants, ne quittez pas la classe tant que la leçon n’est pas terminée … Développez patience et bienveillance !

Lorsque que nous savons ce qu’est l’agitation du monde, nous ne ressentons plus le besoin de la fuir. Quand nous cessons la fuite, l’esprit devient prodigieusement tranquille … et le sourire intérieur s’épanouit.

C’est ici et maintenant que la transmutation se produit, le prodigieux  renversement, de ce qui a été trop longtemps enfoui.

Toute notre humanité, notre fragilité et notre compassion, recluses à l’intérieur s’ouvrant sur le monde comme une fleur qui s’épanouit.

Alors, pas étonnant si le Bouddha sourit … n’est-ce pas ?

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